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Wolseley

District d'organisation de Wolseley - Il m'a été jusqu'ici impossible, pour diverses raisons, de me rendre à Montmartre, Lebret et Qu'Appelle. C'est pourquoi — à tort peut-être — je ne vous en ai pas écrit. Il me semblait que l'espace dont vous disposiez dans “Le Patriote” n'était pas assez considérable pour qu'on se permette de le remplir avec des riens. Ch. Maillard, ptre.

Le Patriote de l'Ouest
le 9 décembre 1915
Le fait français ne commande plus le respect à Wolseley qu'il commandait autrefois, à la fin du XIXe siècle lorsque la famille Tourigny est venue s'y établir ou encore au début du XXe siècle lorsque l'abbé Charles Maillard était curé du village. Il y a toujours quelques francophones dans ce village, situé environ 60 kilomètres à l'est de Regina, mais ils ne sont plus aussi nombreux qu'ils l'étaient en 1915 lorsque leur village avait été choisi comme le siège d'un des districts d'organisation de l'ACFC.

Les premiers habitants de la région étaient des Cris, des Saulteux des Stoneys et des Assiniboines. Vers la fin des années 1870, le territoire était surtout occupé par deux tribus indiennes — les Assiniboines et les Stoneys. Ces derniers avaient comme chef «Carry the Kettle». Puisque des chicanes éclataient souvent entre les deux groupes, ils avaient demandé d'être séparés; les Stoneys ayant reçu une nouvelle réserve Piapot près de la rivière Qu'Appelle. Leur ancien territoire a donc été ouvert à la colonisation au début des années 1880.

Lorsque la première paroisse catholique a été organisée à Wolseley vers 1890, on lui a donné le nom de Sainte-Anne-de-la-Peau-du-Loup à cause du nombre élevé de loups et de coyotes dans la région. En effet, lorsque le chemin de fer est arrivé à Wolseley en 1882, le nom de l'endroit était «Wolf Creek». Le nom a alors été changé à Wolseley pour honorer la mémoire du Colonel Garnet J. Wolseley, celui qui avait mené la milice canadienne jusqu'à Winnipeg en 1870 pour mettre un terme au gouvernement provisoire de Louis Riel.

Les colons n'ont pas tardé à venir s'établir dans cette région. Les premiers ont dû s'inscrire à Winnipeg pour un homestead, mais en 1882, le gouvernement fédéral a ouvert un bureau des Terres du Dominion à Moosomin, quelques 70 kilomètres à l'est de Wolseley.

Le premier magasin existait vraisemblablement lorsque le chemin de fer est arrivé en 1882. Il était la propriété de messieurs Upton, Year et Aggott et était situé sur les bords du ruisseau, à l'ouest de l'actuel village, en face de la ferme des Tourigny. Le magasin n'était qu'une simple tente. Les trois hommes ont vendu leur commerce à messieurs Hume et Cross. Cross a bientôt cédé sa place à un nommé Dill et ce serait Hume et Dill qui auraient fait construire le premier magasin de planches à Wolseley, sur la rue Front, vers 1883. Le premier bureau de poste a été installé dans le magasin et madame Dill en est devenue maîtresse de poste.

Au fil des ans, certains francophones ont été propriétaires de commerces à Wolseley. L. E. Tourigny a été propriétaire d'une écurie à louage, J.D.E. Dureault a opéré une allée de quilles et Georges Duchesne a été cordonnier.

Le village de Wolseley a aussi la distinction d'avoir la plus vieille bibliothèque publique en Saskatchewan. Celle-ci a été établie en 1893 sous le nom de «Farmer's Institute». Elle devient ensuite la «Wolseley Mechanics Institute». Cette bibliothèque a commencé avec de très humbles moyens; une étagère pour les quelques volumes, une lampe à l'huile et une subvention de 50 $ du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. Au début, il y avait 59 membres et chacun avait contribué un dollar envers l'achat de livres. L'agriculture était le principal sujet des volumes achetés.

Au début, l'économie de Wolseley dépendait de l'agriculture et du chemin de fer. L'arpentage de la région avait été fait en 1881 et 1882 et s'il y avait des terres ouvertes à la colonisation par le gouvernement fédéral, la compagnie du Canadien Pacifique s'était réservée toutes les terres un mille sur chaque côté de la ligne de chemin de fer. Certains groupes ont acheté des blocs de terre dans l'espoir d'y fonder des colonies, comme celle de Montmartre, ou de grandes fermes comme la ferme Commee, quelques kilomètres au nord-est de Wolseley, la ferme Bell à Indian Head ou encore la colonie primitive Méthodiste dans la vallée Qu'Appelle. La plupart de ces expériences se sont soldées par des échecs. Ce sera le cas de la Société Foncière du Canada qui voulait établir des colons français à Montmartre.

Wolseley et surtout la famille Tourigny ont joué un rôle très important dans les aventures de Pierre Foursin et de sa Société Foncière du Canada. On en reparlera.



Vers 1890, la paroisse catholique de Wolseley portait le nom de Sainte-Anne-de-la-Peau-du-Loup, mais plus tard le nom a été raccourci à Sainte-Anne du Loup. C'est en 1890 que la paroisse a eu son premier prêtre résident, l'abbé J.A. Roy. Le nouveau curé n'a pas tardé à faire bâtir une première église.

Toutefois, la paroisse de Sainte-Anne-de-la-Peau-du-Loup existait déjà à l'arrivée de l'abbé Roy. Des missionnaires oblats étaient parfois venus dire la messe dans la région et la première messe officielle à Wolseley a été chantée par le père Campeau, vers 1884 ou 1885, dans la maison de Luc Tourigny.

Au début, la paroisse était surtout formée de colons de langue française. Vers 1884, un Canadien français du Québec, Zépherin Malhoit (ou possiblement Mailhot), un ingénieur du Canadien Pacifique, avait acheté une grande étendue de terres cultivables à Wolseley dans le but de les revendre à des colons. Malhoit avait fait du recrutement au Québec et en 1884, un groupe d'hommes de Bécancourt est venu lui aider à cultiver son terrain. Il s'agissait de Luc Tourigny, son fils Onésime et son gendre Louis Dureault. Les trois se sont alors établis sur des homesteads au sud du village. Ils ont été les premiers piliers de la paroisse Sainte-Anne-de-la-Peau-du-Loup.

Originaire de Bécancourt, près de Trois-Rivières, Luc Tourigny avait épousé Agnès Mayrand en 1855. Lorsqu'il a décidé d'immigrer dans l'Ouest canadien en 1884, Luc Tourigny était père de sept garçons et six filles. L'absence de terres cultivables au Québec et le départ de milliers de jeunes Canadiens français pour les villes industrialisées de la Nouvelle-Angleterre sont deux facteurs qui l'ont motivé à s'en venir dans les Territoires du Nord-Ouest. À Wolseley, le patriarche Tourigny a réussi à établir chacun de ses fils sur une bonne terre agricole.

À leur arrivée dans l'Ouest, Luc Tourigny, son fils et son gendre ont tous pris des terres au sud de Wolseley. «Ils ont choisi cet endroit parce que le terrain ressemblait à celui qu'il venait de laisser au Québec et que les arbres des nombreux «bluffs» seraient une source d'énergie pour leurs poêles et un matériel pour la construction de leurs maisons de «logs» et de terre ou les abris pour leurs boeufs, leurs vaches et leurs chevaux.»(1)

Puisque les arbres n'étaient pas suffisamment gros pour faire des rondins pour la construction d'une maison, ils étaient coupés à la hauteur d'un poteau. Ces poteaux étaient plantés l'un contre l'autre pour former deux rangées qui devenaient les murs de la maison. Les fentes étaient ensuite recouvertes d'un mélange de boue et de paille permettant de garder la maison chaude en hiver et fraîche en été.

Pour mieux situer où se sont établis les Tourigny et Louis Dureault, le homestead de ce dernier était le carreau NO-20-19-10-W2. Comme son beau-père, Louis Dureault était né à Bécancourt, en 1852. Il avait marié Albina Tourigny, la deuxième des filles de Luc et ils ont élevé une famille de neuf enfants, trois fils et six filles. L'aîné des fils, Maurice, a été tué accidentellement dans un accident de chevaux à l'âge de dix ans. Comme leur père, les deux autres fils, Albey et Louis-Émile, ont été fermiers à Wolseley. Il est important à noter qu'en 1980, le homestead de Louis Dureault avait été la propriété de la famille depuis 96 ans.

Lorsque la Société Foncière du Canada fonde, en 1892, une colonie française à Montmartre, quelques kilomètres au sud de Wolseley, Pierre Foursin et les autres dirigeants font la connaissance des Tourigny et de Louis Dureault. «Les colons de Montmartre arrêtent souvent aux maisons de ces Canadiens français et ils sont toujours accueillis chaudement. Onésime Tourigny devient, plus ou moins, le conseiller des directeurs de la Société en matière d'affaires.»(2) Les trois hommes sont souvent venus à la rescousse des colons français de Montmartre.

La famille Rainville est une autre famille qui a beaucoup contribué au fait français et catholique de Wolseley. En 1884, Godfroi Rainville était venu s'établir avec une partie de sa famille à Cotham, au nord de Grenfell. En 1894, la famille s'était rétablie à Wolseley quand leur fils Napoléon Rainville est venu les rejoindre. Les Rainville de Wolseley étaient les descendants de Paul de Rainville qui était venu s'établir en Nouvelle-France en 1655.

D'autres familles françaises et canadiennes-françaises se sont établis dans la région immédiate de Wolseley, si bien qu'en 1905, il y avait environ 100 familles qui fréquentaient la paroisse Sainte-Anne du Loup quand est arrivé l'abbé Charles Maillard. Éventuellement, certaines de ces familles, comme les St-Cyr et les Bonneville se sont à nouveau établis à Ponteix, mais c'est une autre histoire.

Références

(1) Wolseley and District History Book Committee, Bridging the Past, Wolseley and District 1880-1980, Wolseley: Wolseley and District History Book Committee, 1981, p. 465.
(2) Bédard, Abbé Roméo, History, Montmartre, Sask. 1893 - 1953 , Regina: Diocèse de Regina, 1953, p. 3.

Sources

Un bout d'histoire... 213 et 214

Wolseley and District History Book Committee, Bridging the Past, Wolseley and District 1880-1980, Wolseley: Wolseley and District History Book Committee, 1981.

Bédard, Abbé Roméo, History, Montmartre, Sask. 1893 - 1953 , Regina: Diocèse de Regina, 1953.





 
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