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Wauchope

Lundi 24 mars dernier vers 71/2 heures du soir une grande animation se remarquait dans les rues de Wauchope. Le public de notre région, Français, Anglais, Catholiques et Protestants affluaient de tous les côtés stimulés par l'annonce d'un concert tombola qui devait se donner au profit de l'église catholique de Wauchope.

Le Patriote de l'Ouest
le 3 avril 1913
Ils sont venus de la France et de la Belgique, suivant ainsi l'abbé Jean-Isidore Gaire, missionnaire. «Il arrive à Saint-Boniface, où l'accueille Mgr Taché, à la fin mai 1888. Il ne tient pas à s'établir près de la Rivière-Rouge, dans une des belles paroisses déjà sur la voie de la prospérité; ce qu'il cherche, c'est une région de colonisation où tout reste à faire. Dans l'ouest de la province, presque sur la frontière du territoire de l'Assiniboia, plusieurs catholiques sont privés des secours réguliers de la religion dans la vaste région qui s'étend entre Deloraine au sud et Oak Lake au nord. C'est là que le petit prêtre lorrain décide de s'établir.»(1) Il nomme sa nouvelle mission Grande-Clairière.

Entre 1888 et 1892, plusieurs colons français et belges viennent rejoindre l'abbé Gaire à Grande-Clairière au Manitoba. En 1892, le missionnaire viendra fonder deux paroisses françaises dans le district de l'Assiniboia: Saint-Raphaël de Cantal et Saint-Maurice de Bellegarde. «Mais bientôt Grande-Clairière n'eut plus un pouce de terre disponible pour les colons qui ne cessaient d'affluer. Il fallut partir en excursion vers l'ouest, afin de découvrir des lieux propices à de nouveaux établissements. Ce fut l'origine des deux centres de Cantal et de Bellegarde dans la province voisine de la Saskatchewan.»(2) L'abbé Gaire desservira ces deux nouvelles missions tout en demeurant curé de Grande-Clairière.

Dix ans plus tard, en 1902, Jean-Isidore Gaire quittera définitivement Grande-Clairière pour venir établir une nouvelle paroisse dans la région de Cantal-Bellegarde. En 1901, la ligne Arcola du chemin de fer vient juste d'être complétée jusqu'à Wauchope. La guerre des Boers bat son plein en Afrique du sud et la compagnie du Canadien Pacifique donne le nom du Général W. Wauchope, en l'honneur du militaire britannique, à sa nouvelle gare située à 40 kilomètres à l'est d'Arcola. Les pionniers commencent à arriver à Wauchope en 1901 et 1902.(3)

Maurice Quennelle est un de ces premiers pionniers à venir s'établir à Wauchope. Un jeune homme d'Armentières, France, Maurice Quennelle, alors âgé de 19 ans, avait été une des recrues de l'abbé Gaire en 1892.(4) Il avait suivi le missionnaire à Cantal avant de retourner à Grande-Clairière. Maintenant, il vient s'établir définitivement à Wauchope.

Maurice Quennelle achète une terre près de la gare; le carreau nord-est de la Section 14 du Township 5, Rang 34, à l'ouest du 1er méridien. Il cède une parcelle de cette terre à l'abbé Gaire qui veut établir une église (le Grand-Refuge) et un cimetière. Pourquoi construire un tel refuge? En 1892, lorsque Maurice Quennelle et les autres colons arrivent à Grande-Clairière, l'abbé Gaire ne sait pas où les héberger. «Je regarde mes provisions. J'ai là quelques pains, une caisse d'oeufs, du thé, un baril de sucre en poudre, du bois et un fourneau de cuisine... Mais l'homme n'a pas seulement besoin de pain, le repos lui est aussi nécessaire. Où logerai-je tout ce monde? Quand j'aurai distribué quelques places dans mon pauvre presbytère, nous serons déjà bien serrée; quant à en envoyer dans les maisons du voisinage, ce n'est pas encore une solution, ce serait déranger toute une population...»(5) À Wauchope, l'abbé Gaire veut s'assurer qu'il y aura un refuge pour accueillir les nouveaux immigrants.

Selon Donatien Frémont, à l'arrivée de l'abbé Gaire en 1902, il n'y a qu'un seul colon français à Wauchope. «C'était en 1902 et il n'y avait là qu'une seule famille, celle de Maurice Quennelle, venue de son ancienne paroisse de Loisy (Meurthe-et-Moselle).»(6) Puis d'autres commencent à arriver. Entre 1902 et 1910, plusieurs familles canadiennes-françaises et françaises viennent rejoindre l'abbé Gaire et Maurice Quennelle à Wauchope. Mentionnons les familles Boutin, Briand, Cousin, Clochard, D'Autremont, Delaileau, Delmaire, Escaravage, Fournier, Gaudet, Guiguet, Huybrecht, Hamel, L'Hotelier, Longefosse, Mansuy, Moran, Mahé, Lenouil, Rogg et Sauvé.

Ces familles ne resteront pas toutes dans la région de Wauchope. Par exemple, Yves-Marie Cousin arrive à Wauchope en 1901 des Côtes du Nord en France.(7) En 1914, il quitte Wauchope pour se rétablir à Saint-Brieux avant de s'installer définitivement à Saint-Isidore-de-Bellevue en 1918. D'autres familles trouveront la vie trop difficile en Saskatchewan et regagneront la France ou le Québec. Cependant, bon nombre décident de faire leur vie à Wauchope.

Ces colons de langue française vivent côte-à-côte avec des immigrants anglais, comme les familles Agnew, Brown, Cunningham, Good, Kellington, Bobier (agent d'élévateur), Freeman (propriétaire de magasin), Thornton (sellier), Bergstrom (agent immobilier) et McNaughton (charpentier).(8)



Nombreux sont les colons français venus s'établir à Wauchope qui deviendront agriculteurs. Mais d'autres choisiront la vie de citadin et deviendront marchands. Ils aideront au développement économique de leur communauté.

Maurice Quennelle, le premier président de l'ACFC en 1912, est un de ceux qui choisit de devenir marchand en 1902. Tout en étant cultivateur, il s'adonnera principalement au commerce, comme le font plusieurs de ses voisins anglais. D'autres colons français font de même: Joseph Gaudet est boulanger et Arsène Sylvestre est forgeron.

Il existe déjà un magasin à Wauchope en 1902 (celui de Freeman), mais en co-propriété avec un certain M. Braunger, Maurice Quennelle ouvre un deuxième magasin général. Les prix de la marchandise au magasin Braunger-Quennelle sont compétitifs avec ceux des autres magasins de la région: par exemple, une paire de souliers se vend à 2,90$, une livre de fécule de pommes de terre se vend à 25 cents, un gallon de sirop à 65 cents, une livre de saindoux à 75 cents et une penture à 20 cents.(9) En 1904, il ouvre une cour à bois et une quincaillerie pour fournir aux colons des matériaux de construction. Il vend aussi des poteaux et du fil de fer barbelé aux fermiers de la région.

En 1906, Maurice Quennelle est maître de poste à Wauchope. Dans l'annuaire de l'année du Henderson's Manitoba and North West Territories Gazeteer and Directory, on peut lire: «Wauchope: Maurice Quennelle - postmaster and general store, insurance, loans, implements and lumber.»(10) De plus, il s'occupe aussi de la vente d'assurances et agit comme banquier, offrant des prêts aux fermiers de la région. Il vend aussi de l'équipement agricole. L'annuaire Henderson's de 1907 donne quelques autres détails au sujet de la vente d'équipement agricole. Il est maintenant co-propriétaire d'un magasin, la International Harvesting Company , avec Arsène Sylvestre. Cette agence fait concurrence à la Massey Harris Company et son agent L.V. Bolier. Monsieur Bolier est aussi l'agent d'élévateur à Wauchope.

Dès le début, Maurice Quennelle s'implique dans les affaires politiques de Wauchope, comme il s'impliquera quelques années plus tard dans les causes nationales françaises. Le 21 mars 1906, Wauchope est érigé légalement en municipalité. Des élections ont lieu pour élire un premier conseil municipal et Maurice Quennelle est élu maire. Il siègera au conseil municipal pendant de nombreuses années, parfois comme maire, parfois comme secrétaire ou même à titre de conseiller.

Il s'implique dans l'administration de la paroisse Saint-François-Régis. Il agit comme marguillier et donne une parcelle de sa terre à la paroisse pour qu'on puisse y construire une église et un cimetière. Puis, il aide à la construction de la première chapelle qu'on baptise le «Grand Refuge». Cette bâtisse doit servir d'église, de presbytère et de refuge pour les immigrants lors de leur arrivée à Wauchope.

...Trois violons secondé par une contre-basse et appuyé d'un piston discret et de deux autres instruments nous tinrent dix minutes sous le charme d'une symphonie douce et harmonieuse. Dès ce moment, l'auditoire savait à quoi s'en tenir sur la valeur des artistes qu'ils entendait pour la première fois. Le programme était des plus chargé.
Le Patriote de l'Ouest
le 3 avril 1913.

À cette époque, il n'existe pas d'organisation regroupant les Canadiens français de la Saskatchewan. L'abbé Jean-Isidore Gaire décide, en 1908, de fonder un cercle local de la Société Saint-Jean-Baptiste à Wauchope. Le 2 août, il regroupe dans son presbytère les plus fervents de ses paroissiens - Jean Gaudet, Maurice Quennelle, Arsène Sylvestre, Pierre Escaravage, François Bernuy et Charles Dupont - et leur suggère d'établir un cercle de la Société. C'est le cercle de la Société Saint-Jean-Baptiste qui organise des concerts comme celui du 24 mars 1913.

Quelques jours plus tard, le 8 août, les officiers de la Société se réunissent chez François Bernuy. À cette rencontre, ils décident que tout francophone intéressé pourra devenir membre de la Société Saint-Jean-Baptiste en payant une cotisation d'entrée de 90 cents avant le 1er septembre et une cotisation annuelle d'un dollar. La plus grande réussite de la Société Saint-Jean-Baptiste de Wauchope est l'établissement d'une bibliothèque locale en 1908.

L'abbé Jean-Isidore Gaire et les colons français de la région ont aussi établi trois sociétés fermières de financement et de placement pour aider à placer des colons dans la région. La Société de l'Orignal, établie en 1902, la Société d'Assiniboia-Alberta en 1904 et la Société du Clergé français en 1905 ont aidé à de nombreux colons à s'établir à Grande-Clairière, à Cantal, à Bellegarde et à Wauchope. Les sociétés sollicitent de l'argent en Europe pour acheter des fermes et des animaux pour aider de nouveaux colons.

En s'impliquant dans leur communauté, les premiers pionniers ont aidé à développer le plein potentiel économique, social et culturel de leurs villes et villages.

Références

(1) Lapointe, Richard, «Jean-Isidore Gaire», 100 NOMS, Regina: Société historique de la Saskatchewan, 1988, p. 172.
(2) Frémont, Donatien, Les Français dans l'Ouest canadien, Saint-Boniface: Les éditions du blé, 1980, p. 77.
(3) Precious memories of time: a salute to the pioneers of Wauchope and Park, Regina: Focus Pub., 1989, p. 19.
(4) Lapointe, Richard «Maurice Quennelle», 100 Noms , Regina: La Société historique de la Saskatchewan, p. 339-341.
(5) Gaire, Jean-Isidore, Dix années de mission du grand Nord-Ouest canadien, Copie du manuscrit aux Archives de la Saskatchewan, p. 10-11.
(6) Frémont, Donatien, Op. cit., p. 77.
(7) Dubuc, Denis ; Gaudet, Roland, La Généalogie des familles de St-Isidore de Bellevue, Saskatchewan , Duck Lake: R. Gaudet, ptre, 1970, p. 4.
(8) Precious memories, Op. cit., p. 19.

(9) Reçus des magasins de Maurice Quennelle, Archives de la Saskatchewan.
(10) Henderson's Manitoba and North West Territories Gazeteer and Directory, 1906, Archives de la Saskatchewan.

Sources

Un bout d'histoire... 57 et 58

Dubuc, Denis ; Gaudet, Roland, La Généalogie des familles de St-Isidore de Bellevue, Saskatchewan , Duck Lake: R. Gaudet, ptre, 1970.

Frémont, Donatien, Les Français dans l'Ouest canadien, Saint-Boniface: Les éditions du blé, 1980.

Gaire, Jean-Isidore, Dix années de mission du grand Nord-Ouest canadien, Copie du manuscrit aux Archives de la Saskatchewan.

Lapointe, Richard, «Jean-Isidore Gaire» et «Maurice Quennelle», 100 NOMS, Regina: Société historique de la Saskatchewan, 1988.

Precious memories of time: a salute to the pioneers of Wauchope and Park, Regina: Focus Pub. 1989.

Henderson's Manitoba and North West Territories Gazeteer and Directory, 1906, Archives de la Saskatchewan.





 
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