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Des mots

Shipper

Plusieurs termes anglais sont entrés dans notre vocabulaire au cours des années et ce pour plusieurs raisons; le fait que nous étions une petite minorité dans une mer d'anglophonie est la principale. Mais il y a aussi que dans certains cas nous ne détestions pas le son, le chant mélodieux, de certains mots anglais bien francisés.

Mon collaborateur du Québec, le docteur Rosario Morin, m'écrivait dernièrement pour me rappeler certains de ces anglicismes du bon vieux temps. Il écrit: «Celui-là, je ne le trust pas – c'est-à-dire, je ne me fie pas à lui.» Le terme vient de l'anglais «to trust», et dans plusieurs dictionnaires de la langue populaire canadienne-française on va trouver une référence au verbe truster pour «avoir confiance en».

Je trouve intéressant que le docteur Morin ait choisi ce terme pour commencer, puisque dans le Petit Robert on trouve la définition suivante: «Truste: n.f. Hist. Serment prêté par l'antrustion (vassal du roi); ensemble des hommes liés par ce serment.»

Pourquoi est-ce que je trouve ça intéressant? C'est que, historiquement, ceux qui ne trustaient pas tellement les Fransaskois, c'était ceux qui avaient prêté un truste à la patente, l'Ordre de Jacques Cartier. Serait-ce encore le cas aujourd'hui? Serait-ce qu'on ne peut pas se fier aux Fransaskois de porter un jugement sain et intelligent concernant notre avenir? Faut-il encore avoir recours à des trustes d'allégeance à nos petits rois de la francophonie?

Le prochain terme suggéré par le docteur Morin me rappelle de doux souvenirs. Il dit: «on va shipper sa commande; expédier sa commande.» Chez nous, lorsqu'on parlait de shipper c'était en faisant référence à la crème. Deux fois par semaines, on shippait la crème par camion spécial à Rosthern. Ma mère, bonne économe qu'elle était, faisait marcher la maison avec les chèques qu'elle recevait de la crème. Traire les vaches était une affaire de famille; tout le monde avait ses tâches, ses responsabilités et nous n'avons jamais manqué de rien durant notre jeunesse à cause de ce revenu.

Une personne pouvait aussi se faire shipper en quelque part. On entendait souvent autrefois «j'viens de shipper mon fils au collège dans l'espoir qu'il devienne prêtre un jour.» Peut-être qu'aujourd'hui plus de fils devraient se faire shipper au collège afin de résoudre les problèmes des Évêques.

Continuons avec la liste du docteur Morin. «Je me sens wrecké après une longue journée de travail – voulant dire – grande fatigue, muscles endolories.»

Si je peux me fier aux dictionnaires de la langue populaire, ce terme ne semble pas être commun dans l'est du pays. Le terme vient de l'anglais, non pas de son sens de la destruction d'une voiture, d'un bateau ou d'un immeuble, mais plutôt de sa définition d'une personne ou un animal qui a perdu sa santé physique ou mentale.

Je me souviens, au Collège, avoir évité les fameux examens de latin, des examens de six à huit heures qui laissaient généralement les étudiants de Philo 2 de véritables wrecks. Souvent, je me crois chanceux d'avoir coulé mon latin en neuvième année. L'histoire était une matière plus intéressante.

Enfin, le docteur Morin nous offre l'expression courante «se faire runner par sa femme, ou se faire runner par le bout du nez.»

Dans ce cas, les Fransaskois n'ont pas innové. Ce qu'ils ont fait c'est d'adapter un terme utilisé couramment dans l'Est et le rendre le leur.

Le terme runner est assez commun au Québec, mais il est généralement utilisé pour désigner la personne qui dérige une entreprise ou un groupe d'homme. Dans le Dictionnaire de la langue québécoise, Léandre Bergeron nous propose les expressions suivantes: «I runne trente hommes sul chantier (Il conduit trente hommes) et I runne une grosse business (Il exploite une grosse entreprise).»

Je n'ai, toutefois, pas trouvé l'expression «se faire runner par le bout du nez» dans aucun de mes dictionnaires.

Toujours dans cette même voie, il y a le terme run qui était autrefois commun et dans l'Est et dans l'Ouest. Une run ou ronne c'était le trajet habituel, comme par exemple «la ronne du laitier.»

David Rogers, dans son Dictionnaire de la langue québécoise rurale, a relevé le terme dans le roman La Terre du huitième. «Ça leur prendra le reste de la run pour la (une pouliche) dompter.»





 
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