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Société de la Saskatchewan
Société historique de la Saskatchewan

Revue historique: volume 16 numéro 3

Qui sont les premiers Afro-Saskatchewanais?

par K. Yves-Gérard Méhou-Loko
Vol.16 - No.3, mars 2006
À quel moment sont-ils arrivés en Saskatchewan? Bien malin celui qui pourrait répondre avec certitude à cette question. Aujourd'hui, les historiens s'entendent pour dire qu'une communauté noire était présente dans les Prairies canadiennes au moment de la création de la Saskatchewan et de l'Alberta en 1905. Mais d'où arrivaient ces Noirs? Était-ce des esclaves en fuite? Jusque aujourd'hui, les opinions divergent sur la provenance de ces Noirs de l'Ouest canadien.

Dans l'Est du Canada, les origines des premiers Afro-Canadiens sont assez bien documentées. Il semble que le tout premier Noir à fouler le sol de ce qui allait devenir le Canada, est Mathieu Da Costa(1), qui n'est pas arrivé en tant qu'esclave, mais plutôt en tant qu'interprète de Samuel de Champlain. À partir de ce moment, plusieurs familles canadiennes-françaises vont posséder des esclaves. Malheureusement, il s'agit-là d'une partie de l'histoire qui est fort mal documentée aujourd'hui.

Au XIXe siècle, des milliers d'esclaves fuyant la ségrégation raciale des États américains viennent se réfugier au Canada dans l'espoir d'y trouver la liberté (voici une partie de l'histoire canadienne qui est habilement rapporté dans plusieurs capsules historiques télévisées vantant le rôle joué par le Canada dans la lutte contre l'esclavage). Les premières populations afro-canadiennes s'établissent donc en Ontario et en Nouvelle-Écosse principalement.

On pourrait croire que ce sont ces mêmes populations noires qui vont suivre un mouvement migratoire de l'Est vers l'Ouest, et ainsi venir peupler les Prairies canadiennes, comme le feront des milliers de colons européens. Or, il semble que les premiers Afro-Canadiens de l'Ouest aient d'autres origines. Selon l'historien Paul Fehmiu, spécialiste

Les Indian Head Rockets
Photo: Western Canada Baseball
Les Indian Head Rockets de 1953.


de l'histoire des Noirs, les premières populations noires qui arrivent dans les Prairies canadiennes et principalement en Saskatchewan, apparaissent au milieu du XIXe siècle en même temps que les populations amérindiennes Sioux (Dakotas ou Lakotas) venues des régions du Minnesota (1862) et du Dakotas du sud (1876). Il s'agit seulement de quelques individus mêlés à une population autochtone qui sera elle-même victime de ségrégation de la part des premiers colons Blancs. Ces «Black-Indians», comme on les appelle aux États-Unis, disparaîtront rapidement du paysage canadien, puisqu'ils vont tout simplement se métisser au reste de la population autochtone.

C'est seulement vers la fin du XIXe siècle qu'on note l'arrivée d'un nombre considérable de Noirs dans l'Ouest. Ces familles qui vont faire leur arrivée en sol saskatchewanais ou albertain, arrivent pour la plupart d'Oklahoma.

Descendants d'esclaves, ils font alors comme bon nombre de colons américains, vers 1890, et tentent leur chance en Oklahoma, un territoire jusqu'alors peuplé par les Dakotas. Ces derniers, pressés par le gouvernement américain, cèdent alors leurs terres aux colons. Rapidement les Noirs vont se rendre compte que, même libres, ils demeurent des sous-hommes aux yeux de la population blanche et du gouvernement américain. C'est aussi à cette période que le gouvernement canadien, désireux d'accroître la colonisation dans l'Ouest canadien, dépêche des agents aux États-Unis pour convaincre la population d'immigrer dans les Territoires du Nord-Ouest.

Quelques familles noires d'Oklahoma vont alors suivre le mouvement migratoire, et immigrer vers la Saskatchewan. Ce sont donc ces familles qui vont s'établir dans la région de Maidstone en Saskatchewan et former la communauté de Shiloh dans le District de Eldon. Une partie poursuivra le trajet vers l'Alberta, où ils s'établiront dans Amber Valley au nord de l'Alberta(2).

Les choses se compliquent rapidement pour les nouveaux arrivants. C'est que les Européens ne sont pas arrivés dans l'Ouest bredouilles. Ils ont apporté la haine et le racisme qui avait déjà mené à la traite des esclaves, et dont les autochtones sont encore victimes aujourd'hui. Ainsi les bonnes terres sont réservées aux fermiers blancs. Le gouvernement libéral réagit mal à l'arrivée de ses descendants d'esclaves. Même si au Canada il n'y a pas de loi souhaitant faire du pays un véritable état «blanc» comme c'est le cas en Australie à ce moment-là, en 1910 les chambres de commerces d'Edmonton et celle de Winnipeg jugent inadmissibles que des terres soient cédées à des Noirs «indésirables», et pressent alors Ottawa de prendre des mesures pour leur limiter l'accès au pays. Ainsi en 1910, des agents fédéraux sont envoyés en Oklahoma pour décourager les Noirs qui auraient envie de rejoindre les communautés maintenant établies en Saskatchewan et en Alberta. En 1911, le gouvernement tente de passer un projet de loi selon lequel «tout immigrant nègre est jugé inapte à supporter les conditions climatiques canadiennes»(3).

Heureusement pour les populations noires du Canada, le gouvernement libéral de Wilfrid Laurier est battu en 1911 et le projet de loi disparaît par le fait même.
Cependant les difficultés ne s'arrêtent pas là pour les Afro-Saskatchewanais. Un nouvel obstacle se profile. En effet, la vaste campagne d'immigration menée aux États-Unis par le gouvernement canadien porte fruit. Ainsi de nombreux colons blancs en provenance des États-Unis viennent s'installer dans les Prairies. Très hostiles aux Noirs, catholiques, francophones, Juifs, et autochtones, ils vont rapidement adhérer au Ku Klux Klan, quand ce dernier va faire son apparition en Saskatchewan dans les années 20. D'ailleurs, dans cette province la popularité du Klan est telle qu'on évalue à 47 000 le nombre de membres à la fin des années 20(4).

Plusieurs Noirs établis en Saskatchewan, qui connaissent bien le Klan pour y avoir été confrontés aux États-Unis, vont alors quitter progressivement la province. Ainsi, les plus jeunes, qui ne trouvent pas d'emploi à cause de la discrimination, vont émigrer vers les provinces voisines: Manitoba, Alberta et Colombie-Britannique. D'autres retourneront aux États-Unis, en Illinois plus particulièrement, alors que certains iront grossir les rangs des ghettos noirs de Montréal (Québec), Chatham (Ontario), ou encore Africville (Nouvelle-Écosse).

Aujourd'hui, il reste très peu de descendants d'Afro-Saskatchewanais. Comme une bonne partie de la population, ils ont choisi de quitter la province. Peu de Saskatchewanais de l'histoire des Noirs, les premières populations noires qui arrivent dans les Prairies canadiennes et principalement en Saskatchewan, apparaissent au milieu du XIXe siècle en même temps que les populations amérindiennes Sioux (Dakotas ou Lakotas) venues des régions du Minnesota (1862) et du Dakotas du sud (1876). Il s'agit seulement de quelques individus mêlés à une population autochtone qui sera elle-même victime de ségrégation de la part des premiers colons blancs. Ces «Black-Indians», comme on les appelle aux États-Unis, disparaîtront rapidement du paysage canadien, puisqu'ils vont tout simplement se métisser au reste de la population autochtone.

C'est seulement vers la fin du XIXe siècle qu'on note l'arrivée d'un nombre considérable de Noirs dans l'Ouest. Ces familles qui vont faire leur arrivée en sol saskatchewanais ou albertain, arrivent pour la plupart d'Oklahoma.

Descendants d'esclaves, ils font alors comme bon nombre de colons américains, vers 1890, et tentent leur chance en Oklahoma, un territoire jusqu'alors peuplé par les Dakotas. Ces derniers, pressés par le gouvernement américain, cèdent alors leurs terres aux colons.

Le docteur Alfred Schmitz-Shadd
Photo: Collections numérisées du Canada
Le docteur Alfred Schmitz-Shadd.


Aujourd'hui, il reste très peu de descendants d'Afro-Saskatchewanais. Comme une bonne partie de la population, ils ont choisi de quitter la province. Peu de Saskatchewanais savent le rôle qu'ils ont joué dans l'histoire de cette province. On retient surtout d'eux leurs exploits sportifs. On pourrait facilement expliquer ce fait par l'arrivée massive d'anciens joueurs de la «Negro League» américaine dans des équipes des provinces de l'Ouest canadien(5). D'ailleurs, en 1950, Indian Head embauche une équipe complète de la Negro League, les Eagles de Jacksonville(6). Les Rockets de Indian Head sont nés; une équipe de baseball entièrement composée de joueurs noirs représente une ville de la Saskatchewan. Plusieurs de ces joueurs vont par la suite s'établir en Saskatchewan.

Le plus connu de tous les Afro-Saskatchewanais est le joueur de football Reuben Mayes. Descendant d'une des familles à avoir fondé la communauté de Shiloh, Mayes devient la recrue par excellence de la NFL en 1986 avec les Saints de la Nouvelle-Orléans. D'autres sont aussi célèbres pour leurs exploits sportifs; c'est le cas notamment du grand champion canadien né à Prince Albert, Harry Jerome(7). Dans les années 60, Jerome pulvérise tous les records du monde au sprint, ce qui lui vaut le titre de «l'homme qui court plus vite que son ombre».

Mais l'un d'entre eux aura considérablement marqué des communautés de Kinistino et Melfort. Le Dr Alfred Schmitz-Shadd, arrive en Saskatchewan en 1896 en provenance de l'Ontario. Celui qu'on appelle le docteur-politicien, sera même candidat aux élections provinciales de 1901 et 1906, sous la bannière conservatrice. De 1908 à 1912, Shadd est le propriétaire du «Carrot River Journal», en plus d'être un membre fondateur de la «Melfort Agricultural Society».
Malheureusement, l'histoire canadienne laisse encore peu de place aux Noirs et à leur apport à la société canadienne. Il est très difficile, voire impossible, de savoir le nombre de descendants de ces Afro-Saskatchewanais qui vivent encore en Saskatchewan aujourd'hui. La discrimination et le racisme auxquels ils ont eu à faire face au fil des années ont eu pour effet de les isoler de l'histoire. Ainsi, en 2006, peu de célébrations sont organisées pour célébrer le mois de l'histoire des Noirs, et les Afro-Saskatchewanais sont passés dans l'oubli.

Malheureusement, au cours de mes recherches, il m'a été impossible de retracer l'arrivée des premiers «Afro-Fransaskois». Cependant. il ne fait aucun doute que ces derniers sont aujourd'hui bien présents au sein de la communauté fransaskoise, et contribuent à leur façon à son épanouissement.

Notes et références
(1) En 1605, Mathieu Da Costa accompagnait Samuel de Champlain qui devait établir une colonie en Acadie. Le natif des Açores connaissait la langue micmaque et était l'interprète de l'explorateur français. Il avait voyagé de ce côté-ci de l'Atlantique vers la fin des années 1500 et au début des années 1600, et était fort recherché comme traducteur, à la fois par les Français et les Hollandais. A.J.B. JOHNSTON, Mathieu Da Costa et les débuts du Canada, Parcs Canada.
(2) Cependant on note également l'arrivée de certains homesteaders noirs qui ne se joignent pas au groupe de Shiloh. C'est le cas entre autres de la famille Lafayette, qui va s'établir dans la région de Rosetown. Hughes, Lionel, The Farmer, the Doctor and the Filmaker, Saskatchewan's life magazine, Prairies North, hiver 2001.
(3) Voici un extrait de la sous section C de la section 38 de la loi sur l'immigration de 1911: «…, Your Excellency in Council be pleased to order and do order as follows, namely, that for a period of one year from and after the date of said Order, the landing in Canada shall be and the same is prohibited of any immigrants belonging to the Negro race, which race is deemed unsuitable to the climate and requirements of Canada.»
(4) MacDonald, Ron , Klan gained hold in Saskatchewan, Winnipeg Free Press, 8 mai 1965.
(5) La ségrégation raciale aux États-Unis jusqu'au milieu des années 50 a entraîné la création de la Negro League pour les Noirs. C'est à ce moment que des équipes canadiennes permettent l'arrivée massive de joueurs noirs de la Negro-League, comme le célèbre Jackie Robinson avec les Royaux de Montréal.
(6) Source : le site internet de la Negro League Baseball Association www.nlbpa.com.
(7) Même s'il est né en Saskatchewan, Jerome quitte la province à l'âge de 12 ans quand sa famille s'installe en Colombie-Britannique. Source : www.harryjerome.com.





 
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