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Des mots

Oeil de bouc

Avec le dernier jour d'octobre, l'hiver nous est tombé dessus comme le ciel menaçait de tomber sur la tête des pauvres Gaulois au temps d'Astérix. Pour nous, en Saskatchewan, l'arrivée de l'hiver présage six mois de temps froid (frette), de tempêtes de neige, de chinook et de sloche.

Malgré le fait que ces premiers jours d'hiver voulaient dire que nous allions nous geler la binette pour les six prochains mois, il faut admettre que le mercure n'a pas encore tombé au moins 40 degrés Celsius ou Fahrenheit, dépendant de votre préférence.

Bien sûr, lorsque le mercure descendra jusqu'à moins 40, à la fin décembre et en janvier, il est possible que vous pourrez constater dans le ciel, non pas qu'il va vous tomber sur la tête, mais que le soleil semble s'être multiplié. C'est un phénomène des vastes prairies de l'Ouest canadien, ce phénomène qu'on appelle l'oeil de bouc ou sundog.

Louis-Alexandre Bélisle, dans son Dictionnaire nord-américain de la langue française nous offre la définition suivante du terme oeil de bouc: «n.m. Sorte de halo formant parenthèses de chaque côté du soleil lorsqu'il est à l'horizon, au levant ou au couchant.»

L'effet produit donne l'allure de trois soleils et le terme est sans doute venu du fait que le halo formant parenthèses de chaque côté du soleil donne l'allure d'une tête de bouc, le mâle de la chèvre avec ses cornes formant demi-cercles autour des yeux.

Donc, durant les jours très froids de janvier, lorsque vous apercevrez un oeil de bouc à l'horizon, n'hésitez pas d'en faire référence à vos amis nouvellement arrivés du Québec. Les chances sont très bonnes qu'ils n'auront jamais entendu cette expression auparavant.

L'arrivée de l'hiver signale aussi le début des grippes ou des rhumes. Déjà, j'ai été affligé d'un vilain rhume, me laissant toussant et morveux pendant quelques semaines. Quand on tousse une bonne partie de la nuit, on ne «feel» pas bien le lendemain, c'est-à-dire qu'on ne se sent pas bien.

Comme je l'ai déjà mentionné dans une autre chronique, l'abbé Étienne Blanchard dans son Dictionnaire du bon langage déconseillait l'utilisation du mot enrhumé. Selon lui, il ne fallait pas dire «une voix enrhumée» mais plutôt «une voix éraillée ou enrouée».

Chez-nous, lorsqu'on avait une vilaine toux, on était des tousseux (tousseur) et on toussâillait (toussoter) toute la nuit.

Être atteint de la morve (je viens de découvrir dans le Petit Robert que la morve est une grave maladie contagieuse), fait de nous des morveux. Dans le langage populaire, être morveux a un autre sens.

Un morveux, dans le sens familier, c'est un jeune garçon. Dans son étude du parler canadien-français, Léandre Bergeron a trouvé plusieurs dérivations du mot morveux.

«Morvâille: n.f. la morvâille – les enfants de la maison.»
«Morvâillon: n.m. – gamin. Morveux. Individu incapable de travailler.»
«Morvasse: n.m. jeune garçon – la jeunesse, les jeunes gens.»
«Morvasson: n.m. morveux.»
«Morviat: n.m. gros crachat visqueux. Qui est incapable de travailler.»
«Morvisse: (juron).»

Dans le langage populaire de l'Acadie, morvoux est un adjectif. Selon Éphrem Boudreau, dans le Glossaire du vieux parler acadien, un morvoux est un enfant qui a la morve au nez, mais qui n'est l'objet d'aucun blâme, car il n'y a pas de sa faute puisqu'il est trop jeune. Par contre, morveux est généralement un terme de mépris: «Va-t-en morveux.» En Acadie, quelqu'un qui veut se donner des airs d'une importance qu'il n'a pas est un morveux.

Comme vous pouvez voir, lorsque le nez coule avec la rapidité de la rivière Saskatchewan et qu'on tousse sans relâche, on se laisse emporter par des termes un peu morveux.





 
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