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Des mots

Chéti

Comme je le mentionnais dans la dernière chronique, monsieur Wilfrid Fortier de Chase, Colombie-Britannique, m'a envoyé une liste d'expressions qu'il se souvenait avoir entendues dans la région de Debden durant sa jeunesse.

Monsieur Fortier écrit: «le mot palotte se disait d'une femme excessivement grosse (ex. une femme enceinte).»

La définition qu'on trouve pour ce mot dans le Petit Robert traite de la condition physique d'une personne, mais n'a rien à voir avec le poid d'une personne. En effet, pâlot (otte) est un terme du XVIe siècle qui voulait dire «un peu pâle.» Vous remarquerez que ce mot est écrit avec un «â».

Bélisle, dans son Dictionnaire nord-américain de la langue française nous propose, en plus du mot pâlot, l'adjectif palotte, sans «â», pour une personne lourde, gauche, qui manque de souplesse. Léandre Bergeron reconnaît également cette définition du terme.

Pour sa part, David Rogers a relevé l'exemple suivant de l'adjectif palotte dans le roman, «Les Jours sont longs», page 62: «Ça beau être alerte, un ours, malgré son air palotte, un agrès pareil la force à modérer l'train.»

Je n'ai donc pu trouver aucune définition du mot palotte pour décrire une personne excessivement grosse.

Par contre, un autre fidèle lecteur de la Parlure fransaskoise m'a suggéré le terme feluet (-ette) pour décrire une personne maigre. J'ai trouvé le mot dans le Dictionnaire de la langue québécoise (Bergeron). Il nous réfère à l'adjectif fluet qu'on trouve dans le Petit Robert et qui veut dire «mince et d'apparence frêle.»

Comme je le signalais plus tôt, David Rogers a trouvé un passage avec le terme palotte dans le roman «Les Jours sont longs» et c'est dans ce même volume qu'il trouve ce texte: «Maintenant qu'les orignaux descendent, faut que j'colle à la maison avec les femmes et que j'me tienne dans l'coton ouaté, comme un poulet feluette.»

Ce même lecteur suggérait aussi l'expression chenille à poil, c'est-à-dire une fille laide. Selon Bergeron, «chenille à poil c'est une chenille velue – Ex. Être laide comme une chenille à poil.» Velu, selon le Petit Robert, c'est une personne qui a une abondance de poils.

Rogers a trouvé des exemples de palotte et de feluette dans la littérature québécoise. Hélas, il n'a rien trouvé avec l'expression chenille à poil. J'ai alors décidé, pour la postérité d'en écrire un.

«Ils marchaient tous les deux le long de la grande route; un homme palotte qu'on aurait cru être un de ces gardiens de ligne d'une de nos meilleures équipes de football professionnel et la jeune fille feluette. Mon regard se tournait surtout sur cette dernière; une véritable chenille à poils. Si elle se lavait le visage et qu'elle engraissait de quelques livres elle reprendrait peut-être un peu de beauté.»

Monsieur Fortier me suggère un autre terme que j'avais toujours rattaché à la condition physique d'une personne. Il écrit: «Chéti – quelqu'un qui est tannant, malcommode. (Ex. Roger est un petit chéti.)»

Le terme chéti ou chétif était commun par chez nous. Toutefois, nous l'utilisions pour décrire une personne faible et maladive. C'est la première fois que j'entendais le terme pour décrire une personne malcommode.

Cependant, Léandre Bergeron vient à la défense de monsieur Fortier. Selon lui, «chéti ou chétite adjectif. Malicieux, vaurien. Ex. Du chéti monde. Malade – Ex. Elle est chétite depuis janvier.» La première définition que nous offre Bergeron concorde avec celle de monsieur Fortier.

Enfin, dans le roman «Trente arpents» de Philippe Ringuet, page 87, David Rogers a relevé le passage suivant: «Veux tu ben t'arrêter, espèce de chéti, cria-t-elle; si ça a du bon sens m'arranger de même.» Souvent, en fouillant, on peut trouver de nouvelles définitions à des termes qu'on connait depuis longtemps. Merci monsieur Fortier.





 
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