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Société historique de la Saskatchewan

Des gens

Auguste-Henri de Trémaudan

Un livre d'actualité: The Hudson Bay Road par A.H. de Trémaudan. Prix $2.00. J.M. Dent & Fils, London et Toronto. Chez l'auteur, 300 Nanton Building, Winnipeg.

Le Patriote de l'Ouest
le 16 décembre 1915
Fils d'un des premiers colons de Montmartre en Saskatchewan, Auguste-Henri de Trémaudan a contribué de nombreux titres aux bibliographies littéraires et historiques françaises de l'Ouest canadien.

Originaire de la Bretagne, son père, Auguste de Trémaudan, était venu s'établir au Canada après la guerre franco-allemande de 1870. Il avait séjourné sept ans au Québec et c'est dans une ferme de Saint-Jean-Chrysostome que le jeune Auguste-Henri était né vers 1874. Toutefois, l'épouse d'Auguste de Trémaudan n'avait jamais réussi à s'acclimatiser au pays et la famille avait regagné la France ancestrale vers 1877.
Installé à Saint-Nazaire, dans la Loire Intérieure, Auguste de Trémaudan rêvait toujours de revenir au Canada. Vers 1892, il avait écrit une lettre au Haut Commissaire du Canada à Londres, Sir Charles Tupper, pour demander s'il pourrait recevoir un appui financier pour aider à déménager sa famille au Canada. Sa demande avait été transmise à Hector Fabre, Commissaire du Canada à Paris, qui avait suggéré à de Trémaudan de communiquer avec la Société Foncière du Canada à Paris. La Société cherchait alors à recruter des colons français pour établir une colonie dans les Territoires du Nord-Ouest, à Montmartre. «Les deux premières familles recrutées en France sont celles d'Auguste de Trémaudan, un Breton de Saint-Nazaire et un monsieur Berneau de Paris. La famille Berneau (le père, la mère et deux fils) est accoutumée à voyager; originaires de Paris, les Berneau ont vécu en Argentine, pour ensuite revenir en France. Ces deux familles arrivent à Wolseley le 29 mai 1893.»(1)

Donatien Frémont, dans Les Français dans l'Ouest canadien, écrit que les Trémaudan ont été les premiers à signer un contrat avec la Société Foncière du Canada et qu'ils étaient sept dans la famille: le père, la mère, trois filles et deux fils. Désiré, le cadet de la famille de Trémaudan a précisé la nature de la famille dans un récit intitulé Les premiers jours de Montmartre, Saskatchewan (1893) écrit vers 1953. «Toute la famille de Trémaudan, composée du père et de la mère, de deux grandes demoiselles de 20 ans, d'une petite toute jeune, d'un grand garçon de 17 ans et d'un autre de 9 ans, en tout 7 personnes, purent s'asseoir à la table d'un petit restaurant ou elle prit un léger déjeuner qu'elle paya, après quoi le père et le grand des garçons retournèrent au Bureau de la Société, rue de Rome No. 9, dans lequel ils trouvèrent un homme en blouse bleue, accompagné d'un garçon de 18 ans, vêtu en pantalon de velours bleu et très large et d'un habit de même étoffe. C'était l'autre famille qui partait pour la même destination que la famille de Trémaudan.»(2) Le grand garçon de 17 ans était nul autre qu'Auguste-Henri.

Comme nouvelles recrues de la Société Foncière du Canada, les de Trémaudan doivent signer un contrat stipulant leurs responsabilités envers la Société, ainsi que les responsabilités de cette dernière envers les colons: «Article 1er: Sur la demande qui lui a été adressée par messieurs de Trémaudan, père et fils, la Société Foncière du Canada s'engage à leur faire les avances nécessaires à leur établissement comme cultivateurs dans la Province du Manitoba ou les Territoires du Nord-Ouest (Canada); c'est-à-dire à leur fournir au fur et à mesure de leurs besoins le transport en chemin de fer et en paquebot à vapeur et leur alimentation, ainsi que celle de leur famille; les frais d'inscription de deux concessions de 65 hectares de terre (environ 160 acres), pour le choix et l'obtention desquelles MM. de Trémaudan, père et fils donnent les pouvoirs nécessaires aux représentants de la-dite Société; la construction d'une maisonnette (loghouse) et la fourniture d'un poêle de cuisine et de chauffage, de planche et madriers propres à l'installation intérieure, des ustensiles de table et de cuisine, les provisions de lard, farine, café ou thé, épicerie, éclairage nécessaires jusqu'à ce que les produits de la ferme calculés d'une façon normale aient pu suffire entièrement à leur alimentation, le tout dans les conditions sommaires en usage au Manitoba parmi les nouveaux colons. Les bétails et les animaux de trait, boeufs ou chevaux, les instruments aratoires et du grain de semence. Les frais d'assurance en cas de décès, contre l'incendie, la mortalité des bestiaux, la grêle et autres que la Société Foncière du Canada aura le droit de contracter à son profit si elle le juge utile convenable afin de garantir sa créance hypothécaire contre MM. de Trémaudan, père et fils.»(3) Comme son père, Auguste-Henri s'engageait alors à devenir cultivateur au Canada.

La famille de Trémaudan arrivait donc au Canada au printemps 1893. Ils s'étaient arrêtés à Wolseley, en route pour Montmartre, pour y semer des patates dans le jardin du curé, patates qu'ils viendraient récolter à l'automne. Ils ont toutefois dû attendre au mois d'août avant que les directeurs de la Société Foncière du Canada leur accordent une concession. Auguste et Auguste-Henri de Trémaudan ont alors reçus les carreaux sud-est et sud-ouest de la section 20, mais il était trop tard pour semer une récolte la première année. De plus, la Société Foncière du Canada n'avait attribué qu'une seule charrue pour les deux de Trémaudan.

Puisque le jeune de Trémaudan ne montrait vraiment peu d'intérêt pour la vie d'agriculteur un des directeurs de la Société, Pierre Foursin, l'avait orienté vers une nouvelle carrière. «Mais il fallait songer à l'instruction des enfants qui grandissaient. L'aîné des fils Trémaudan, Auguste-Henri, âgé de 19 ans, de santé un peu délicate, montrait plus d'aptitude pour la musique et les lettres que pour l'agriculture. Foursin le poussa vers l'École normale. Du petit séminaire de Guérande, où il avait fait ses études classiques, il était sorti avec une bonne connaissance de l'anglais. Après quelques mois passés à Regina, il revint muni d'un brevet d'instituteur de première classe.»(4) Même s'il connaissait l'anglais, la langue principale d'enseignement à l'école de Montmartre au temps d'Auguste-Henri de Trémaudan était le français. Les jeunes qui voulaient apprendre l'anglais devaient suivre des cours le soir.

Puis, les membres de la famille de Trémaudan avaient commencé à quitter le bercail. En 1895, le mariage de la soeur d'Auguste-Henri, Naomie à Charles Écarnot avait été le premier dans la petite colonie française de Montmartre.

Au début du XXe siècle, Auguste-Henri avait quitté Montmartre pour le nord du Manitoba. Là, il s'était intéressé au journalisme aidant à fonder un premier journal de langue anglaise dans la nouvelle petite ville de Le Pas. Il est aussi devenu avocat ayant été admis au barreau du Manitoba. En 1916, de Trémaudan était installé à Winnipeg. Un des journaux français du Manitoba, Le Soleil de l'Ouest, venait de fermer ses portes. «Mais le vide causé par la disparition du Soleil de l'Ouest fut comblé sans délai. Un Canadien français du nom de Robert possédait, rue Princess à Winnipeg, une imprimerie bien montée qui exécutait des travaux pour les deux grandes compagnies de chemins de fer. L'homme disposait de capitaux et entretenait un vieux désir de faire du journalisme. Il saisit l'occasion et, avec l'avocat Auguste-Henri de Trémaudan, lança La Libre Parole.»(5) Le journal allait faire concurrence à La Liberté pendant trois ans, mais fermerait éventuellement ses portes.

Auguste-Henri de Trémaudan commence tôt à s'intéresser à l'histoire de l'Ouest canadien et surtout à celle des Métis. En 1915, il avait publié un premier roman en anglais, The Hudson Bay Road. Trois autres romans suivent dans les trois prochaines années: Pourquoi nous parlons français en 1916, Les précurseurs en 1917 et Le sang français en 1918.Un cinquième roman, Île au massacre, est publié aux Éditions Garand en 1928.

Son association avec le Comité Historique de l'Union Nationale Métisse Saint-Joseph avait commencé durant les années passées à Winnipeg. Il avait fait la connaissance du frère de Louis Riel, Joseph, et, en 1921, il avait publié un premier volume au sujet de Riel: Riel et la naissance du Manitoba.

En 1924, sa santé délicate l'avait obligé de quitter le Canada pour la Californie. Là-bas, il s'était mis à l'oeuvre pour rédiger Histoire de la nation métisse dans l'Ouest canadien. La maladie ne lui a pas permis de terminer l'ouvrage. Auguste-Henri de Trémaudan est décédé à Los Angèles en 1929. Il n'avait toutefois pas encore écrit un chapitre spécial sur les événements de 1885. Quoi faire des documents et des notes qu'il avait rassemblés avec les témoins métis de l'événement' «M. de Trémaudan étant mort avant d'écrire le chapitre spécial qu'il voulait consacrer à la partie la plus discutée des événements de 1885, la Société Historique Métisse se doit d'achever son travail. Et pour rectifier l'histoire admise jusqu'à ce jour, elle réfutera les accusations qui y sont portées contre Riel et les Métis.»(6) Pour réfuter les accusations, l'Union Nationale Métisse a tout simplement publié les notes et documents en appendices au livre de Trémaudan. Histoire de la nation métisse dans l'Ouest canadien a été publié en 1936. Cette histoire demeure sa plus importante contribution à l'oeuvre littéraire, et historique, de l'Ouest canadien et l'ouvrage a été réédité en 1979 par les Éditions des Plaines.

Durant les dernières années de sa vie, Auguste-Henri de Trémaudan a aussi fait publier quelques oeuvres dramatiques: De fil en aiguille en 1925, Quand même en 1928, Feu-Follet et Petit Baptiste en 1929 et Purité, de façon posthume, en 1930.


(1) B.M.L.O., Collection: La Saskatchewan française, «Montmartre», Volume 2: Les communautés fransaskoises, Regina: ministère de l'Éducation, de la Formation et de l'Emploi de la Saskatchewan, 1996, p. 114.
(2) de Trémaudan, Désiré, Les premiers jours de Montmartre, Saskatchewan (1893), Manuscrit: Archives de la Saskatchewan, p. 2.
(3) de Tremaudan, Désiré, Chronologie de Montmartre, Saskatchewan Année 1893, Copie du manuscrit aux Archives de la Saskatchewan. Transcription de Bernard Wilhelm, p. 1.
(4) Frémont, Donatien, Les Français dans l'Ouest canadien, Saint-Boniface: Les Éditions du blé, 1980, p. 97.
(5) Ibid., p. 63.
(6) de Trémaudan, Auguste-Henri, Histoire de la nation métisse dans l'Ouest canadien, Saint-Boniface: Éditions des Plaines, 1979, p. 403.

Sources

B.M.L.O., Collection: La Saskatchewan française, «Montmartre», Volume 2: Les communautés fransaskoises, Regina: Ministère de l'Éducation, de la Formation et de l'Emploi de la Saskatchewan, 1996.

de Trémaudan, Auguste-Henri, Histoire de la nation métisse dans l'Ouest canadien, Saint-Boniface: Éditions des Plaines, 1979.

de Trémaudan, Désiré, Les premiers jours de Montmartre, Saskatchewan (1893), Manuscrit: Archives de la Saskatchewan.

de Tremaudan, Désiré, Chronologie de Montmartre, Saskatchewan Année 1893, Copie du manuscrit aux Archives de la Saskatchewan. Transcription de Bernard Wilhelm.

Frémont, Donatien, Les Français dans l'Ouest canadien, Saint-Boniface: Les Éditions du blé, 1980.





 
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