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Des gensL'abbé Louis-Pierre Gravel et la colonisation dans la région de GravelbourgOn attribue souvent à l'abbé Louis-Pierre Gravel le mérite d'avoir réussi à attirer plus de 10 000 colons de langue française en Saskatchewan au début du XXe siècle. Plusieurs de ces colons, rapporte-t-on, furent rapatriés des États-Unis. Bon nombre s'installèrent sur des homesteads aux environs de Gravelbourg, le village au centre de ses efforts de colonisation. Le présent article explore le rôle de l'abbé Gravel dans ce courant de migration et propose d'autres facteurs concourants qui peuvent expliquer ce courant. Il remet aussi en question le véritable résultat des efforts de promotion de l'immigration vers la région de Gravelbourg accomplis par l'abbé Gravel : en effet, de nombreux colons semblent être venus à cause d'un phénomène de migration en chaîne, à la fois poussés et sélectionnés par leur situation économique ainsi que par leur position particulière dans leur cycle de vie, c'est-à-dire leur âge et leur situation de famille. Toutefois, il faut reconnaître que l'abbé Gravel a eu un effet réel sur le développement de cette région. Il est parvenu à faire mettre de côté plusieurs cantons afin que les Franco-Canadiens puissent s'y établir avant d'autres groupes et ainsi former un bloc solide. Il a aussi infléchi le processus de nomination de différents agents dont la tâche était de diriger les immigrants vers cette région ; enfin, il a fait jouer son influence dans la construction d'une ligne de chemin de fer vers Gravelbourg ainsi que dans la fondation d'institutions d'enseignement. D'autres tentatives en vue d'influer sur le mouvement de colonisation et donc de modifier la carte de la propriété foncière dans la région, ont eu beaucoup moins de succès, mais elles font aussi l'objet d'une description. Cet article est d'abord paru dans la revue Saskatchewan History, Volume 59. No 2, automne 2007. Nous le reproduisons avec la permission de l'auteure et des Archives de la Saskatchewan. Le 26 juin 1907, Philippe Michaud écrit à l'abbé Louis-Pierre Gravel, qui s'occupe alors activement à la fondation d'une colonie canadienne-française dans le Sud-Ouest de la Saskatchewan : Quand je vous ai rencontré le 4 Juin je vous avais donné commition pour prendre 2 Homesteads donc un pour maman et l'autre pour mon frère vous me rendriez un grand service en vous occupant de prendre 8 autres Homesteads donc qui desirai être le plus proche de ceux de maman principalement pour un nomme Oliva Beaulieu est localisé Tp. 10 Rg. 5 sec. 22 ¼ S.E. qui est orphelin et ayan aucun moyen et qui est le petit fils de maman a la quel je mocuperai de payer pour lui ce que couterai le nom des deux autres est un nommé Leon Gregaire [?] Zide Oudet [?] se sont des bons catholiques et tous Canadiens ces pour cela que maman désirai avoir chacun et le plus près deux et si on a le droit a [?] une préemption maman et mon frère désirai avoir chacun et le plus près de leur Homesteads et si il vous plais de me dire si une homme qui ne peut pas prendre de Homeasteads aurais les droits à un preontions ou en allan se placée à quelquun pourais le déplacée je voudrais avoir une réponse certaine Gréngoire [?] pour l'argent qui sera due si vous prouné les terrain demandé vous me le dirai quand il vous faudra cette argent et je vous l'enviré et vous me le dirai un mot de tous ce que je demandé je me propose d'aller bâtir sur le terrain de maman si vous en prainé cette autonne (1). Cette rencontre, et la lettre au missionnaire-colonisateur, marquent le début du long voyage de cette famille vers la région de Gravelbourg. Mais dans sa lettre, Philippe Michaud exprime une requête peu commune : il offre de verser une somme à l'abbé Gravel pour que celui-ci lui réserve une terre, ainsi qu'à plusieurs membres de sa famille et à d'autres connaissances. De telles interventions dans les débuts du développement de cette région, parfois mentionnées dans les mémoires des pionniers mais jamais étudiées à fond dans les études subséquentes, vont plus tard soulever la controverse. Certains ont prétendu qu'en plus de réserver des terres pour un honoraire (2), l'abbé Gravel et son frère Émile exerçaient un contrôle effectif sur quiconque désirait s'établir dans la région : s'ils jugeaient tel ou tel colon inacceptable, ils s'assuraient de faire annuler son homestead pour qu'une autre personne, plus convenable, puisse ensuite le réserver (3). On accorde par ailleurs à l'abbé Gravel le crédit d'avoir réussi à attirer des milliers de colons franco-canadiens, dont la famille Michaud, à Gravelbourg et dans la région (4). C'est pourquoi on affirme souvent que Louis-Pierre Gravel, comme d'autres prêtres canadiens-français, a joué un rôle important dans l'établissement de ses compatriotes dans l'Ouest canadien (5). Néanmoins, les résultats concrets de son engagement ont été remis en question : si l'abbé est mentionné dans les mémoires de plusieurs pionniers, d'autres n'en font nullement mention et certains affirment même clairement qu'aucun prêtre n'avait joué quelque rôle que ce soit dans leur décision de venir s'établir dans l'Ouest (6). D'autres études ont aussi conclu que le rôle du clergé catholique dans le mouvement de colons franco-catholiques vers l'Ouest a été moins important qu'on l'a longtemps supposé. Leurs auteurs soutiennent en effet que la « migration en chaîne » a été la véritable clé de la colonisation française. (7) Le présent article étudie le rôle de l'abbé Louis-Pierre Gravel au tout début de la colonisation de la région de Gravelbourg et cherche à le situer dans le contexte de ce débat. Facteurs économiques favorisant l'émigration des Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre et du Québec La situation économique dans bon nombre de centres canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre, tout autant que celle du Québec, favorisent à cette époque un courant d'émigration. Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, l'essor industriel de la Nouvelle-Angleterre avait créé de nombreux emplois et attiré des milliers de Canadiens français de la vieille province.(8) Mais la vie dans les usines est dure : les salaires restent bas, les heures de travail sont longues - souvent de 10 à 12 heures par jour, six jours par semaine -, les conditions de travail demeurent pénibles - les usines sont bruyantes, surchauffées, mal aérées - et les accidents sont de surcroît chose commune.(9) De plus, les possibilités d'avancement restent limitées pour les Canadiens français ; quelques-uns à peine parviennent à gravir un échelon ou deux pour décrocher un modeste poste de contremaître. Même au début des années 1900, plusieurs dirigeants d'usines les jugent encore incapables de remplir de tels postes. Quelques Canadiens français tiennent des commerces fréquentés par leurs compatriotes ; ils peuvent certes être considérés comme appartenant à la classe moyenne, mais il suffit souvent d'une seule mauvaise année pour qu'ils se trouvent acculés à la faillite.(10) C'est ainsi qu'à Lewiston, dans l'état du Maine, une poignée seulement de Franco-Américains est parvenue à se hisser au-dessus du seuil de la pauvreté à l'aube du XXe siècle .(11) La plupart des Canadiens français de Lewiston et d'autres centres franco-américains habitent des ghettos communément appelés « Petits-Canadas ». Ces ghettos sont le plus souvent caractérisés par un surpeuplement massif, par des immeubles à logements délabrés et souvent sans installations sanitaires, par des carences alimentaires chroniques, par l'absence de soins de santé adéquats et par un taux de mortalité élevé, très souvent le résultat de maladies courantes (12). La conjoncture économique à la fin des années 1800 et au début des années 1900 vient aggraver la situation. Les familles canadiennes-françaises étaient jusque là parvenues à survivre grâce au travail de tous leurs membres, y compris les enfants ; mais les autorités américaines commencent à appliquer plus strictement les lois sur la fréquentation scolaire et sur l'âge minimum légal du travail (13). De plus, un afflux d'immigrants de la Pologne, du Portugal, de l'Allemagne, de la Grèce et de la Russie vient augmenter la concurrence pour les emplois disponibles et met effectivement un frein à toute possibilité de hausse des salaires (14). Par ailleurs, les états américains du Sud, avantagés par l'accès à de bons approvisionnements en coton brut, en acier, en cuivre et en bois, ainsi que par la présence d'une abondante main d'oeuvre à bon marché, sont parvenus à augmenter la quantité autant que la qualité de leurs tissus. Au début du XXe siècle, ils opposent une rude concurrence aux états du Nord-Est américain (15). Afin de demeurer compétitifs, les propriétaires des usines de la Nouvelle-Angleterre s'acharnent à réduire les salaires : des baisses de 8 à 10 pour cent sont d'abord imposées en 1893, suivies d'une autre réduction de 10 à 11 pour cent avant la fin du siècle. De nouvelles compressions marquent le début du XXe siècle (16) : les propriétaires tentent en effet d'abaisser une nouvelle fois les salaires en 1900, puis en 1901 et encore en 1903 (17). La situation continue à se dégrader au cours des deux années suivantes alors que l'activité commerciale dans la région chute, selon un article de presse, d'environ 25 pour cent (18). Avant l'été de 1904, plusieurs des usines ont fermé leurs portes et licencié quelque 50 000 travailleurs, dont bon nombre de Canadiens français. Ceux qui restent au travail doivent accepter des baisses salariales de 12,5 pour cent pour empêcher la fermeture d'un plus grand nombre d'usines. Par ailleurs, au Québec, même si la situation économique s'est améliorée au début du XXe siècle, plusieurs des facteurs qui ont encouragé l'émigration des Canadiens français sont encore présents. Premièrement, les terres des anciennes seigneuries sont surpeuplées (21). C'est le résultat d'une très forte natalité ? les familles catholiques comptent en moyenne 6,7 enfants ? et d'un système de succession basé sur de multiples héritiers (22). Deuxièmement, la fertilité des sols est à la baisse dans les anciennes régions seigneuriales. C'est que l'agriculture traditionnelle repose sur un simple assolement biennal : la moitié des terres est ensemencée une année sur deux, l'autre moitié étant alors laissée en jachère ou en pâturage. Au surplus, de nombreuses années de fumures minimales ont réduit encore davantage la fertilité des sols. Si certains fermiers plus à l'aise ont commencé, avant le tournant du siècle, à utiliser des engrais et à appliquer de meilleures méthodes de rotation des cultures, il n'en demeure pas moins que la plupart des petits fermiers, plus pauvres, suivent encore les vieilles méthodes (23). De plus, la pénurie de terres, même de terres relativement peu fertiles, n'est pas le seul problème qui touche l'industrie agricole québécoise. Le blé importé de régions plus propices à sa culture - surtout l'Ouest américain, l'Ontario et l'Ouest canadien - vient concurrencer la production locale. Pour survivre, l'industrie agricole québécoise doit alors se tourner vers de nouveaux secteurs. Les gros et les moyens fermiers font vite la transition à l'élevage, à la production laitière et aux cultures fourragères. Mais pour le petit fermier, cette transition demeure quasi impossible (24). En outre, le sous-développement du système bancaire de la province vient aggraver la situation déjà difficile des fermiers : les quelques banques dans la province consentent plus volontiers des prêts aux bien nantis et aux élites qu'aux petits fermiers, ainsi forcés de se cantonner dans l'agriculture de subsistance (25). Le travail à la journée ou saisonnier sur d'autres fermes ou encore dans les « chantiers » permet à bon nombre de petits fermiers d'ajouter à leurs revenus et constitue même, pour plusieurs autres, leur seule source de revenu. Cependant, comme la production laitière exige moins de main d'oeuvre que la culture du blé, la transformation de l'industrie agricole réduit d'autant le nombre d'emplois journaliers et saisonniers (26). L'industrie forestière connaît elle aussi un déclin à cause d'une surproduction et de la popularité croissante d'autres combustibles que le bois de chauffage (27). Cette situation intenable dans les anciennes seigneuries, conjuguée aux appels pressants du clergé d'ouvrir et de peupler de nouveaux territoires de colonisation (28), soit plus au nord vers les Laurentides, l'Outaouais, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Rimouski et Gaspé, soit encore vers les Cantons de l'Est, engendrent un courant migratoire (29). Mais ceux qui quittent les vieilles régions agricoles du Québec pour les zones de colonisation ont généralement de la difficulté à s'y établir de façon permanente. Plusieurs des nouvelles régions de colonisation sont peu ou pas propices à l'agriculture : il faut d'abord défricher la forêt, le sol est souvent peu fertile, la saison de croissance est trop courte et les marchés sont trop éloignés. Pour subsister, bon nombre de nouveaux colons doivent passer l'automne, l'hiver et le printemps dans les camps de bûcherons. Face à tous ces problèmes, le taux d'abandon est élevé dans les nouvelles zones de colonisation à la fin du XIXe siècle (30). D'un autre côté, le Québec connaît une grande vague d'industrialisation au début du XXe siècle. Stimulée par la colonisation de l'Ouest canadien, par l'accroissement de la demande aux États-Unis et par la Première Guerre mondiale, cette vague crée de nombreux emplois dans la province : ainsi, entre 1901 et 1921, le nombre d'employés dans le secteur manufacturier passe de 101 000 à 125 400 (31). De nouvelles possibilités s'ouvrent donc pour les fermiers pauvres et leurs familles. Mais les conditions de travail dans ces usines ne sont guère différentes de celles dans les usines américaines : les heures de travail sont longues et les accidents fréquents ; le travail est souvent saisonnier ou irrégulier, entrecoupé de fréquentes mises à pied ; et par-dessus tout, les salaires restent bas. En fait, au début du XXe siècle, les salaires ont décliné comparativement au coût de la vie (32). Tous les membres de la famille doivent travailler pour parvenir à boucler le budget. Les conditions de vie dans les quartiers ouvriers, comme les faubourgs Saint-Antoine et Sainte-Anne à Montréal, ressemblent à celles qui persistent dans les « Petits-Canadas » de la Nouvelle-Angleterre (33). Enfin, à cause du taux élevé de natalité, les manufactures établies dans les villes du Québec ne peuvent absorber tous ceux qui quittent les campagnes en quête d'un emploi. C'est là une des grandes causes du flux d'émigration qui continue de dépeupler le Québec. Les Canadiens français et la colonisation de l'Ouest canadien En même temps, au tournant du siècle, l'Ouest canadien a besoin d'un nombre considérable de colons. En effet, le gouvernement central veut mettre en valeur ces grandes zones agricoles afin de compléter la « Politique nationale » proposée par Sir John A. Macdonald pour assurer le développement économique du Canada. Le ministre de l'Intérieur, Clifford Sifton, et son successeur, Frank Oliver, lancent de grandes campagnes publicitaires pour promouvoir la colonisation de l'Ouest (34). Toutefois, vers le milieu du XIXe siècle, les ecclésiastiques catholiques, en particulier l'évêque et plus tard archevêque de Saint-Boniface, Mgr Alexandre-Antonin Taché, avaient décrit l'Ouest dans des termes assez négatifs. Ils espéraient de cette façon dissuader les Canadiens anglais de venir en masse et les empêcher ainsi de menacer la majorité métisse et française de ces régions ; mais au bout du compte, ils avaient uniquement réussi à en détourner les Canadiens français. Toutefois, avec le début de la grande ère de colonisation à la fin du XIXe siècle, il importait d'empêcher les franco-catholiques de l'Ouest d'être submergés par les grandes vagues d'immigration (35). Mgr Adélard Langevin, archevêque de Saint-Boniface - et même son prédécesseur, Mgr Taché, vers la fin de son épiscopat - désirent attirer des Franco-Canadiens pour s'établir sur des homesteads dans l'Ouest canadien. Ils considèrent tous deux l'immigration dans l'Ouest, surtout celles des Canadiens français établis en Nouvelle-Angleterre, comme un moyen de préserver l'équilibre entre les deux groupes linguistiques du Canada. C'est là une préoccupation majeure, car l'immigration britannique au Canada et l'émigration canadienne-française vers les États-Unis depuis des décennies font maintenant pencher la balance en faveur du camp anglais (36). De plus, une telle colonisation s'insère dans le cadre de la Gestae Dei per Francos, c'est-à-dire la croyance des franco-catholiques que Dieu a donné une mission à chaque peuple : celle des Canadiens français est de propager le catholicisme à travers toute l'Amérique (37). L'épiscopat de l'Ouest conçoit alors le système des « missionnaires-colonisateurs », selon lequel des prêtres catholiques, parfois rémunérés par le gouvernement fédéral, font des tournées dans les centres de l'Est du Canada et des États-Unis afin de promouvoir l'immigration de colons franco-catholiques (38). L'abbé Louis-Pierre Gravel, missionnaire-colonisateur et agent de rapatriement L'abbé Louis-Pierre Gravel a été l'un de ces missionnaires-colonisateurs. Né en août 1868 à Arthabaska, fils du docteur Louis-Joseph Gravel, premier médecin à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska, et de Jessie Bettez, fille unique d'un autre médecin, il appartient à une famille privilégiée : Wilfrid Laurier, futur premier ministre du Canada, et Joseph Lavergne, futur député et juge, comptent parmi les amis de la famille (39). Élève doué et très tôt attiré par le sacerdoce, Louis-Pierre Gravel s'inscrit au Collège de Nicolet où il obtient son baccalauréat en 1888. Il poursuit ensuite ses études en théologie au Grand Séminaire de Montréal et est ordonné prêtre dans sa ville natale en 1892. Il commence sa carrière à la paroisse Saint John the Baptist à Yonkers dans l'état de New York. Il continue d'exercer le ministère paroissial dans la région de New York pendant les 14 années qui suivent, jusqu'en 1906 (40). Dès le début de sa carrière sacerdotale, il semble avoir impressionné Mgr Adélard Langevin, qui le considère comme un prêtre énergique et possédant les qualités nécessaires pour devenir missionnaire-colonisateur. En 1905, Mgr Langevin ménage une entrevue avec M. l'abbé Alphonse Lemieux, qu'il vient de nommer curé de Willow Bunch, dans le Sud-Ouest de la zone qui deviendra dans quelques mois la nouvelle province de la Saskatchewan. Ils discutent des terres fertiles à l'ouest du village et déterminent que ce serait là une excellente région pour y établir une colonie de langue française (41). L'année suivante, Mgr Langevin propose donc à l'abbé Gravel de joindre les rangs des missionnaires-colonisateurs et de travailler à convaincre des Franco-Américains de venir prendre des homesteads dans l'Ouest canadien (42). L'abbé Gravel, jugeant qu'il pourrait faire une oeuvre plus utile comme missionnaire-colonisateur que comme vicaire à New York, accepte l'invitation de l'archevêque. (43) En février 1907, sur la recommandation de Mgr Langevin, il est nommé agent d'immigration par le ministère de l'Intérieur (44). Dès sa nomination, Gravel place des annonces dans les journaux de la Nouvelle-Angleterre et entreprend une tournée des états de New York, du Maine, du New Hampshire, du Rhode Island et du Massachusetts. Bientôt, il mentionne dans ses rapports qu'il mène entre 15 et 120 entrevues par semaine. À ces entrevues s'ajoutent conférences et réunions publiques, par exemple à Manchester au New Hampshire ainsi qu'à New York, en plus de nombreuses rencontres avec des curés de paroisse (45). Il rapporte avoir prononcé à New York, en janvier 1908, une conférence intitulée « Le Canada, son histoire, ses ressources et son développement » devant une foule de 800 à 1000 personnes. Un peu plus tard, il prononce une autre conférence, toujours à New York, sur « Le Canada au XXe siècle » (46). La réaction de l'élite de la Nouvelle-Angleterre Néanmoins, si ses discours de recrutement décrivent les ressources et la prospérité économique du Canada, ils ne recommandent pas ouvertement l'établissement sur des homesteads dans le Sud-Ouest de la Saskatchewan. Il s'agit peut-être là d'une tactique destinée à désarmer l'opposition franco-américaine au recrutement en faveur de l'Ouest canadien. À la fin du XIXe siècle et, semble-t-il, au début du XXe siècle, les agents de recrutement canadiens font face à de nombreuses tentatives destinées à miner leurs efforts en Nouvelle-Angleterre. Bon nombre d'articles dans les journaux franco-américains traitent de l'hostilité culturelle qui menace ceux qui voudraient s'installer dans l'Ouest canadien. Ces articles évoquent par exemple la question des écoles du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest, ainsi que l'abrogation du droit d'utiliser le français devant les tribunaux. Ils mettent aussi en contraste cette hostilité avec la situation actuelle des Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre où, avance-t-on, leur grand nombre, la Constitution américaine et la facilité des fréquentes visites au Québec vont protéger leur culture (47). Plusieurs journaux, même s'ils publient de nombreux rapports sur l'état des moissons dans les Prairies, mettent les lecteurs en garde contre l'illusion d'une vie facile sur les terres de l'Ouest canadien. Les marchés sont trop éloignés, souligne-t-on, pour que la culture y soit vraiment rentable. Et d'ailleurs, malgré les prétendues récoltes plantureuses, ce n'est pas tout le monde qui parvient à s'enrichir ; on rappelle le sort de plusieurs Franco-Américains qui, ayant tenté leur chance, en ont été pour leur peine et ont dû rentrer aux États-Unis, plus pauvres qu'auparavant (48). Bon nombre d'articles allèguent que les agents de recrutement faisant des promesses grandioses sont en réalité uniquement intéressés par leur profit personnel et qu'ils n'ont aucun souci pour le bien-être de ceux qu'ils dirigent vers un « désert » (49). Le clergé et les commerçants franco-américains exercent aussi une opposition constante, car ils cherchent à préserver leurs paroisses et leurs clientèles. En outre, les compagnies foncières américaines et d'autres agents de recrutement en quête de preneurs pour les derniers homesteads encore libres et les terres indiennes récemment ouvertes à la colonisation dans le Midwest et l'Ouest américain, tentent activement de contrer les campagnes de rapatriement (50). Malgré cette opposition, l'abbé Gravel poursuit ses efforts. Toutefois, à cause des liens de sa famille avec le parti Libéral, il est remplacé par Arthur Dubuisson en 1912, lors de l'arrivée au pouvoir des Conservateurs sous Robert Laird Borden (51). Il continue néanmoins à recruter des colons, mais sur une plus petite échelle, en plaçant par exemple des annonces dans les journaux. Il effectue aussi de nombreuses démarches en vue d'être réintégré dans ses anciennes fonctions (52). Il lui faudra toutefois patienter jusqu'en 1923, soit deux ans après le retour au pouvoir des Libéraux, avant que le ministère de l'Intérieur consente à le nommer agent spécial de colonisation pour la Nouvelle-Angleterre (53). Établissant un bureau de colonisation à Manchester, au New Hampshire, il se remet à donner des conférences, distribuer des brochures et accorder des entrevues. Il encourage en particulier le rapatriement de ceux qui ont des parents déjà établis à Gravelbourg (54). Cependant, les possibilités de recrutement sont alors beaucoup moins favorables qu'au début du siècle : les salaires des ouvriers d'usine ont doublé pendant la Première Guerre mondiale et ils se maintiennent en moyenne entre 20 et 25 dollars par semaine jusqu'au début des années 1930. Comme les frais de pension se situent autour de 7 dollars par semaine, le coût de la vie dans la région est maintenant beaucoup plus abordable (55). Le travail de missionnaire-colonisateur au Québec Comme beaucoup d'autres missionnaires-colonisateurs, l'abbé Gravel considère le Québec comme un territoire aussi prometteur, sinon plus, que la Nouvelle-Angleterre (56). Plusieurs de ses premières tournées ont donc lieu au Québec. Après être entré en fonction en mars 1907, il attend à Montréal « pour un transport gratuit vers Plessisville, Arthabaska afin de convaincre des jeunes hommes, qui se dirigeaient vers le Montana, de s'établir dans l'Ouest canadien. » Au cours des années qui suivent, il parcourt souvent le Québec et, comme aux États-Unis, il accorde des entrevues et place des annonces dans les journaux (57). Mais là aussi, comme tous les autres agents de recrutement, il doit faire face à l'opposition de nombreux camps. En effet, l'élite québécoise - politiciens, clergé et journalistes - dénonce régulièrement, depuis de nombreuses années, les interventions en vue d'attirer les Canadiens français vers l'Ouest canadien. Elle encourage plutôt ceux-ci à faire preuve d'humilité et à demeurer dans la vieille province, malgré de la vie de misère que mènent la plupart des fermiers. Tous ceux qui tiennent absolument à partir doivent plutôt aller s'installer dans une des nouvelles zones de colonisation au Québec. Au pire, quelques éléments pourraient choisir de s'exiler dans le Nord de l'Ontario, puisque les Canadiens français y ont déjà établi une présence, aux portes même du Québec : ils pourraient plus facilement y préserver leur culture, même en ne vivant pas dans leur véritable patrie. Certes, on peut aussi envisager le départ pour les plaines de l'Ouest mais, au début du siècle, les élites considèrent qu'il s'agit là, au mieux, d'un pis-aller, car les Franco-catholiques y seraient certainement en butte à la persécution. Cette option leur semblait à peine préférable à l'exil en Nouvelle-Angleterre. Néanmoins, le nombre d'articles et de discours dénonçant l'émigration vers l'Ouest diminue notablement durant la première décennie du XXe siècle : c'est que le courant d'émigration s'est bien ralenti suite à la prospérité relative dont jouit alors le Québec. Convaincus que les Canadiens français préféreraient rester au Québec plutôt que de partir en exil, une partie de l'élite en profite pour se moquer ouvertement des agents de recrutement (58). Malgré cette vive opposition, semblable à celle qu'il connaît en Nouvelle-Angleterre, l'abbé Gravel continue son travail de recrutement. Au bout du compte, c'est son mauvais état de santé qui l'oblige à réduire ses activités et il meurt en 1926 (59). Notes (1) Saskatchewan Archives Board [ci-après SAB], Fonds Famille Gravel [ci-après FFG], dossier 272, p. 272-273, Philippe Michaud à l'abbé L.-P. Gravel, le 26 juin 1907. (2) Georges Hébert, Les débuts de Gravelbourg : son fondateur, ses pionniers, les institutions, 1905-1965 (Gravelbourg : G. Hébert, 1965), p. 12. (3) SAB, Collection Claudette Gendron, entrevues enregistrées, R-5175, R-6226. (4) Une plaque érigée à Gravelbourg indique que près de 10 000 Canadiens français, dont plusieurs vivaient alors aux États-Unis, étaient venus vers les prairies de la Saskatchewan en réponse aux appels de l'abbé Gravel. Travail sur le terrain en 2001 et Archives nationales du Canada [ci-après ANC], RG 84 A2-3, vol. 1419, dossier HS10-147, 1re partie, plaque commémorative. (5) Plusieurs autres études explorent le rôle du clergé catholique dans la colonisation de l'Ouest canadien. David Jones, « Father Jean Gaire and Franco-Catholic Immigration to the Canadian Prairies, 1888-1925 » (mémoire de maîtrise, University of Regina, 1989), examine un exemple dans le Sud-Est de la Saskatchewan. (6) SAB, Collection du ministère provincial de la Culture et de la Jeunesse, entrevues enregistrées R-A62(A), R-A64(B), R-A68, R-A121(B) and R-A122(A). (7) Kenneth M. Sylvester, « Montcalm : The Transformation of Rural Life in a Prairie Community, 1870-1940 » (thèse de doctorat, York University, 1997). (8) Marcus L. Hansen, The Mingling of the Canadian and American Peoples, Volume 1, Historical, completed and prepared for publication by John B. Brebner (New Haven : Yale University Press, 1940), p. 115-117 ; Ralph D. Vicero, « The Immigration of French Canadians to New England, 1840-1900 : A Geographical Analysis » (thèse de doctorat, University of Wisconsin, 1968), p. 90-112. (9) Damien-C. Bélanger, « French Canadian Emigration to the United States, 1840-1890 », dans www2.marianapolis.edu/quebechistory/readings (consulté en août 2002). (10) Gérard J. Brault., The French-Canadian Heritage in New England (Kingston : McGill-Queens University Press, 1986), p. 64-65 ; François Weil, Les Franco-Américains, 1860-1980 (Paris : Bélin, 1989), p. 57. (11) Yves Frenette, « Understanding the French-Canadians of Lewiston, 1860-1900 : An Alternate Framework », Maine Historical Society Quarterly, vol. 25, no 4, 1986, p. 215. (12) G. Brault, op. cit., p. 60. (13) R. Vicero, op. cit., p. 238-239 ; Frances H. Early., « The French-Canadian Family Economy and Standard of Living in Lowell, Massachusetts, 1870 », Journal of Family History, vol. 7, no 2, 1982. p. 180-199. (14) R. Vicero, op. cit., p. 237. (15) Le Soleil, le 1er novembre 1901, le 14 novembre 1901. (16) Le Courrier de St-Hyacinthe, le 5 octobre 1893 ; Le National, le 20 décembre 1893 ; L'Opinion publique, le 18 janvier 1898, le 22 avril 1899 ; La Tribune, le 22 décembre 1893, le 28 janvier 1898. (17) Le Courrier de St-Hyacinthe, le 1er septembre 1900 ; L'Opinion publique, le 9 mars 1901 ; L'Événement, le 8 août 1903 ; Le Canada, le 11 août 1903, le 3 octobre 1903, le 19 novembre 1903, le 5 décembre 1903 ; ANC, RG 76, vol. 94, dossier 10063, Rev. M. Blais à l'Hon. J. Smart, le 5 mai 1904. (18) Le Canada, le 31 mai 1904. (19) ANC, RG 76, vol, 94, dossier 10063, Mémorandum à W. D. Scott, le 18 mai 1904 ; Le Canada, le 14 avril 1904, le 26 avril 1904, le 21 juillet 1904, le 5 août 1904, le 14 novembre 1904, le 19 janvier 1905, le 26 janvier 1905 ; L'Événement, le 8 juin 1904, le 29 juillet 1904. (20) ANC, RG 76, vol. 413, dossier 595682, 1re partie, René Dupont à W.D. Scott, le 13 février 1908, René Dupont à W.D. Scott, le 24 mars 1908 ; RG 76, vol. 400, dossier 572376, 2e partie, Elzéar Gingras à W. White, le 13 juin 1910 ; Le Canada, le 28 avril 1908 ; Documents parlementaires du Canada [ci-après DPC] 1909, Annual report of the Department of the Interior [ci-après Interior], p. 83-85. (21) William F. Ryan, The Clergy and Economic Growth in Quebec (1896-1914) (Québec : Les Presses de l'Université Laval, 1966), p. 47. (22) R. Cole Harris, The Seigneurial System in Early Canada : A Geographical Study (Madison : University of Wisconsin Press, 1966), p. 131-132 ; Maurice Saint-Yves, Atlas de géographie historique du Canada (Boucherville, Éditions françaises, 1982), p. 68 ; Brian Young et J. A, Dickinson, A Short History of Quebec : A Socio-Economic Perspective (Toronto : Copp Clark Pitman Ltd., 1988), p. 109. (23) Robert L. Jones, « French Canadian Agriculture in the Saint-Lawrence Valley, 1815-1850 » dans Approaches to Canadian Economic History : A selection of essays, sous la direction de W.T. Easterbrooke et M.H. Watkins (Montréal : McLelland and Stewart, 1969), p. 115-116 ; Bruno Ramirez, avec Y. Otis, Crossing the 49th Parallel : Migration From Canada to the United States, 1900-1930 (Ithaca : Cornell University Press, 2001), p. 14-15. (24) Robert Armstrong, Structure and Change : An Economic History of Quebec (Toronto, Gage, 1984), p. 80-84, 158 ; B. Ramirez, op. cit., 14-15. (25) John A. Ennis, « The Movement of Francophone Settlers into Southwestern Saskatchewan » (mémoire de maîtrise, University of Calgary, 1977), p. 140 ; Yves Roby, « L'évolution économique du Québec et l'émigrant (1850-1929) » dans L'Émigration québécoise vers les États-Unis : 1850-1920 : deuxième colloque de l'Institut français du Collège de l'Assomption, Worcester, Massachusetts, 14 mars 1981, sous la direction de Chantal Quintal (Québec : Conseil de la vie française en Amérique, 1982), p. 12 ; D.-C. Bélanger, op. cit. (26) B. Ramirez, op. cit., p 85. (27) W. Ryan, op. cit., p. 41-42 ; Albert Faucher, « Explication socio-économique des migrations dans l'histoire du Québec », Mémoires de la Société royale du Canada, 4e série, tome 13, 1975, p. 100-102 ; R. Armstrong, op. cit., p. 217. (28) R. Vicero, op. cit., p. 224-229 (29) F. Denison (s.d.) version au site web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, www4.bnquebec.ca/cargeo/accueil.htm (consulté en avril 2006). (30) Bruno Ramirez, On the Move : French Canadian and Italian Migrants in the North Atlantic Economy, 1860-1914 (Toronto : McLelland and Stewart Inc., c1991) , p. 77-80 ; D.-C. Bélanger, op. cit. (31) B. Young, op. cit., p. 188 (32) Terry Copp, « The Conditions of the Working Class in Montreal, 1867-1920 », Canadian Historical Association Historical Papers (1972), p. 159-171 ; Y. Roby, op. cit., p. 15 ; B, Young, op. cit., p. 194-195. (33) T. Copp, op. cit., p. 158-163. (34) D.J. Hall, « Clifford Sifton : Immigration and Settlement Policy 1896-1905 » dans The Prairie West : Historical Readings, sous la direction de R.D Francis et H. Palmer (Edmonton : Pica Pica Press, 1985). p. 281-308. (35) Arthur I. Silver, « French Canada and the Prairie Frontier, 1870-1890 », Canadian Historical Review, vol. 50, no 1, 1969, p. 11-36. (36) Yolande Lavoie, L'Émigration des Québécois aux États-Unis de 1840 à 1930 (Quebec : Éditeur officiel du Quebec, 1981) ; Robert M. Bone, The Regional Geography of Canada (Don Mills : Oxford University Press, 2000), p. 102. (37) Raymond J.A. Huel, « Gestae Dei Per Francos : The French Canadian Experience in Western Canada » dans Visions of the New Jerusalem : Religious Settlement on the Prairies, sous la direction de B. Smillie (Edmonton : NeWest Press, 1983), p. 39-53 (38) Robert Painchaud, Un rêve français dans le peuplement de la prairie (Saint Boniface : Éditions des Plaines, 1987). (39) SAB, FFG, « Information générale sur le Fonds Famille Gravel » ; [Soeur] St. Stephen, « Father Gravel, Missionary-Colonizer », Saskatchewan History, vol. 12, no 1, 1959, p. 107. (40) [Soeur] St. Stephen, op. cit., p. 107 ; Richard Lapointe, 100 Noms : Petit dictionnaire biographique des franco-canadiens de la Saskatchewan (Regina : Société historique de la Saskatchewan, 1988), p. 197 (41) « Voix de la Colonie », Les Cloches de Saint-Boniface, vol. 2, no 20, 1903, p. 270. (42) [Soeur] St. Stephen, op. cit., p 107-108. (43) SAB, FFG, Dossier 301, L. Lemoine-Gravel, « La Famille Gravel », p. 1. (44) ANC, RG 76, vol. 408, dossier 595025, 1re partie, Letter of application, le 23 décembre 1906 ; Letter of recommendation , le 23 décembre 1906 ; W.D. Scott à L.-P. Gravel, le 22 février 1907. (45) ANC, RG 76, vol. 408, dossier 595025, SHSB1, Rapports hebdomadaires de l'abbé Gravel au ministère de l'Intérieur. (46) ANC, RG 76, vol. 408, dossier 595025, 1re partie, Rapport hebdomadaire de l'abbé Gravel au ministère de l'Intérieur pour le 25 janvier 1908 ; coupures de journaux. (47) L'Indépendent, le 28 février 1890 ; Le National, le 13 janvier 1891, le 20 février 1899, le 15 avril 1899 ; L'Opinion publique, le 29 mars 1895 ; et d'autres articles. (48) L'Opinion publique, le 11 novembre 1901 ; Robert Painchaud, « Le Manitoba et l'immigration canadienne française, 1870-1891 » (mémoire de maîtrise, Université d'Ottawa, 1969), p. 46. (49) Le Canadien, le 14 février 1895, le 5 août 1897. (50) DPC, 1906, Interior, p. 64, 67 ; DPC, 1910, Interior, p. 82 ; Debates of the House of Commons, 1909, p. 839-840 ; ANC, RG 76, vol. 401, dossier 572376, 3e partie, Circular to Agents from W.J. White, le 3 janvier 1912 ; Donald Chaput, « Some Repatriement Dilemmas », Canadian Historical Review, vol. 49, 1968, p. 402-406. (51) ANC, RG 76, vol. 408, dossier 595025, 3e partie, W. Cory à W.D. Scott, le 5 mars 1912 ; André Lalonde, « Archbishop O.E. Mathieu and Francophone Immigration to the Archdiocese of Regina », Canadian Catholic Historical Association, Study Sessions, vol. 44, 1977, p. 52-54 ; R. Painchaud, op. cit.(Rêve), p. 159-160. (52) ANC, RG 76, vol. 408, dossier 595025, 3e partie, coupures de La Presse, le 23 janvier 1917. Certains Franco-Américains lisaient des journaux du Québec comme La Presse ; voir A. Lalonde, op. cit., p. 52. (53) ANC, RG 76, vol. 382, dossier 535325, 1re partie, W.D. Scott à M. Cory, le 8 mars 1918 ; RG 76, vol. 408, dossier 595025, 3e partie, W. Foran à W.J. Black, le 12 février 1923. (54) ANC, RG 76, vol. 383, dossier 535325, 2e partie, Rapport pour 1924 ; J. Laforce à C. Price-Green, le 24 mai 1924 ; L.-P. Gravel à J.-A. Ouellette, le 23 janvier 1925. (55) Jacques Rouillard, Ah les États! Les travailleurs canadiens-français dans l'industrie textile de la Nouvelle Angleterre d'après le témoignage des derniers migrants (Montreal : Boréal express, 1985), p. 42. (56) R. Painchaud, op. cit. (Rêve), chap. 4. (57) ANC, RG 76, vol. 408, dossier 595025, 1re partie, Rapport hebdomadaire de l'abbé Gravel pour le 9 mars 1907 ; parties 1-3. (58) André Lalonde, « L'Intelligentsia du Quebec et la migration des Canadiens-français vers l'Ouest canadien, 1870-1930 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 33, no 2 (1979), p. 167-179. (59) André Lalonde, op. cit. (Archbishop O.E. Mathieu), p. 56. |
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